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Guillaume Baugin : l’art de la parole au service des devenus sourds

Pendant trente ans, il a murmuré à l’oreille des ministres et des députés. Devenu sourd à 80%, Guillaume Baugin continue de faire bouger les lignes. Rencontre avec le président de l’Association de réhabilitation et de défense des sourds et devenus sourds (ARDDS) et ambassadeur Rogervoice, un homme qui a refusé de se laisser enfermer dans le silence.

Le choc de la surdité

Lentement, mais inéluctablement, le monde de Guillaume Baugin a changé de fréquence. Cet homme de réseaux, brillant lobbyiste dans le secteur de l’agriculture, passait ses journées à négocier les lois, à arpenter l’Assemblée nationale et à captiver les étudiants de Sciences Po Aix-en-Provence. Un métier de verbe, d’écoute fine et de répliques immédiates.

Puis, un jour : « Mes oreilles ont lâché », résume-t-il d’une voix posée. Ce que son entourage prenait au départ pour de la distraction était en réalité le premier acte d’une surdité profonde, qui culmine aujourd’hui à 80 % de perte auditive.

Quand l’entreprise fait la sourde oreille

Dans le monde du travail, le handicap fait peur. Guillaume en a fait la douloureuse expérience lorsque son directeur de l’époque lui notifie froidement : « Si vous ne faites rien, dans trois mois je vous vire ». Malgré sa bonne volonté et son appareillage, on l’invite à s’effacer progressivement.

Mais on ne fait pas taire un lobbyiste si facilement. Après avoir traîné l’institution devant le tribunal administratif, Guillaume Baugin claque la porte. Non pas pour se retirer, mais pour déplacer son champ de bataille. Sa nouvelle mission ? Devenir la voix de ceux qu’on n’entend plus. « Il vaut mieux être malentendant que mal comprenant. » Cette phrase, soufflée par son ancien mentor, est devenue sa boussole.

La culture accessible pour tous

Aujourd’hui président de l’Association de réhabilitation et de défense des devenus sourds (ARDDS), Guillaume a conservé ses réflexes de lobbyiste. Son cheval de bataille actuel ? L’accès à la culture des personnes sourdes et malentendantes. Lassé de voir les cinémas traîner des pieds pour sous-titrer les films en français par peur de faire fuir les entendants, Guillaume a choisi la voie de l’innovation.

Un soir, au Théâtre du Rond-Point, il chausse des lunettes connectées. Pour la première fois depuis dix ans, il peut suivre une pièce de théâtre en intégralité grâce à un sous-titrage virtuel instantané qui suit le mouvement de ses yeux. C’est le déclic. Il contacte la start-up Panthéa, sollicite le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), et retourne voir les exploitants de salles avec un argumentaire purement économique : « Il y a 7 millions de malentendants en France, dont 2 millions de sourds sévères et profonds. Si vous les intégrez, ils reviendront au cinéma avec leur famille. C’est du business, pas de la charité. »

Rogervoice :  la liberté retrouvée

Si la lecture labiale permet à Guillaume de décoder les messages lors d’une rencontre physique, le téléphone, lui, était devenu « un objet mort ». Un simple rectangle de verre pour lire des e-mails, incapable de remplir sa fonction première : téléphoner.

Puis, il y a eu l’arrivée de Rogervoice. « Le jour où j’ai installé l’application, ma vie a été transformée. Sans elle, je serais condamné aux sms », confie-t-il avec émotion. Grâce à la transcription instantanée, il s’est remis à « téléphoner à la terre entière ». Mieux encore, l’outil lui a rendu sa dignité et une place de choix dans la société : celle de se sentir, enfin, comme tout le monde. Un partenariat officiel vient d’ailleurs de sceller l’union entre l’ARDDS et Rogervoice.

Qu’il s’agisse de « râler gentiment » auprès des directeurs de la SNCF parce que les écrans des trains n’affichent pas les bons messages ou de pousser les chaînes de télévision à améliorer leurs sous-titres, voire agir pour d’autres défis du quotidien, Guillaume Baugin ne lâche rien. Et tant pis s’il n’entend plus le monde ; aujourd’hui, c’est le monde qui est obligé de l’écouter.

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Chloé Beaufils
Responsable éditoriale passionnée, Chloé Beaufils collabore avec Rogervoice pour donner vie à des portraits et articles inclusifs et authentiques. Forte de plusieurs années d’expérience en storytelling, elle accompagne les marques pour rendre chaque histoire engageante et accessible à tous.